McKinsey, «la Firme» qui veille sur votre santé en conseillant chèrement nos Etats

Le «coup d'Etat sanitaire mondial» de McKinsey et des pharmas est décortiqué en détail par des observateurs et des élus. On parle même d'un pillage organisé des denier publics

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Charles-Maxence Layet, journaliste scientifique a étudié pendant des mois le fonctionnement de la puissante multinationale de conseil McKinsey. Assistant parlementaire de l’eurodéputée française verte Michèle Rivasi, il analyse dans cette vidéo très documentée la prise du pouvoir de cette société, partielle ou presque totale selon les pays, sur les politiques de santé, en mettant fortement en avant la solution vaccinale:

 

 

Nous diffusons maintenant l’enquête de Thibaut Masco de Santé Non Censurée:

Vous n’avez pas voté pour elle, mais «la Firme» veille sur vous

Ce n’est plus un secret, c’est le cabinet de conseil américain McKinsey qui a géré la stratégie de lutte contre le COVID-19 pour de nombreux pays, dont la France. Mais en quoi ce cabinet de conseil, qui se fait appeler «la Firme», est-il légitime pour gérer la politique sanitaire publique ?

McKinsey et la crise aux 500 000 morts1

En 2021, impliqué dans la crise des opioïdes, le cabinet McKinsey verse 573 millions de dollars pour que 49 états américains renoncent aux poursuites judiciaires2. Pour ceux qui n’ont pas suivi, cette crise fait référence à l’augmentation rapide des décès dus à l’usage d’opioïdes (des médicaments psychotropes utilisés comme antidouleurs) aux États-Unis et au Canada depuis le milieu des années 20103 4.

Le cabinet de conseil américain a aidé à améliorer les ventes d’opioïdes en optimisant la stratégie commerciale pour le compte de plusieurs entreprises de l’industrie pharmaceutique…

Quand McKinsey débute son travail de conseil, les fameux opioïdes ont déjà tué des centaines de milliers d’américains (“130 morts par jour” titrait le Figaro en 20195). La pratique qui consiste à survendre les opioïdes est donc régulièrement dénoncée et l’industrie pharmaceutique a besoin d’un coup de main.

L’idée géniale de McKinsey

Pour continuer à augmenter les ventes malgré le tollé, le cabinet de conseil propose la solution suivante:

Si un pharmacien vend de l’OxyContin (un des opioïdes en cause) à quelqu’un qui fait par la suite une overdose, Purdue Pharma (un des clients de McKinsey) lui offre une réduction sur sa prochaine commande6

Si si, vous avez bien lu. Et ce n’est qu’une mesure parmi tant d’autres imaginées par McKinsey pour augmenter les ventes d’opiacés en pleine crise sanitaire7. Dès lors, comment imaginer une seule seconde avoir recours à ce cabinet pour aider l’État à faire face à la pandémie de Covid-19 ?

1 milliard dépensé en conseils plutôt qu’en réouverture de lits d’hôpitaux

En France, le cabinet McKinsey est au cœur de polémiques depuis plusieurs mois maintenant, mais le début 2022 a marqué un véritable tournant. C’est le livre Les Infiltrés de Matthieu Aron et Caroline Michel-Aguirre qui a mis le feu aux poudres. Il dénonce l’infiltration progressive des sphères décisionnaires de l’État par des grands cabinets de conseil américains et ce, depuis près de 15 ans.

A titre d’exemple, en 2021, l’État a dépensé plus d’un milliard d’euros en prestations de conseil8. C’est exactement ce qu’aurait coûté au contribuable 20 000 respirateurs d’air, ou bien la réouverture de lits d’hôpitaux, ceux qui ont manqué à nos soignants pendant la pandémie…

Mais la polémique ne s’arrête pas là, puisqu’un mois après la sortie du livre Les Infiltrés, une commission d’enquête sénatoriale dénonce : «Un phénomène tentaculaire9».

Selon l’enquête de la députée de l’Orne, Véronique Louwagie, le ministère de la Santé a passé vingt-huit commandes à sept cabinets (Accenture, CGI, Citwell, Deloitte, JLL, McKinsey et Roland Berger) entre le 12 mars 2020 et le 9 février 2021 pour un montant total de 11,35 millions d’euros10.Parmi eux, le cabinet le plus sollicité n’est autre que McKinsey pour un montant de quatre millions11.

Déjà en 2018…

En 2018, la Cour des Comptes alertait déjà : «En matière de conseil stratégique, la qualité des travaux est souvent faible, les préconisations très générales et laconiques et les livrables peu satisfaisants (manque de données chiffrées, absence d’évaluation des impacts financiers)12
Et pourtant les contrats entre l’État et ce genre de cabinets ont plus que doublé entre 2018 et 202113… donc bien avant la pandémie mondiale de Covid-19. Que s’est-il passé ?
L’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron…
…dont l’élection pourrait être liée à la Firme? En effet, pas moins d’une vingtaine de consultants de McKinsey auraient travaillé gratuitement pour l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron14 lors de son élection en 2017 “pro bono”.Ce terme latin signifie une prestation bénévole, sous la forme de la mise à disposition par le cabinet conseil d’un ou plusieurs consultants. Historiquement, le but du pro bono est de soutenir des projets d’intérêt général ou des ONG (et en passant, soigner son image de marque).

Mais depuis, la pratique s’est éloignée de son esprit philanthropique…

En effet, contribuer pro bono, comme le fait McKinsey, sert d’abord à cultiver des liens étroits avec les cercles du pouvoir. Ce genre de cadeaux peut faciliter d’éventuels retours d’ascenseur le moment venu…

Soit le bénéficiaire se sent redevable, un jour ou l’autre, de remercier “le bénévole”. Soit le contrat pro bono est implicite. Le bénévole sait qu’il sera un jour ou l’autre récompensé. Le bénéficiaire s’engage officieusement à remercier son service.

Mais ce n’est pas tout. Infiltrer les cercles du pouvoir pro bono a un autre avantage. Bien plus vicieux.

Le joker discrétion de McKinsey

Proposer ses services gratuitement offre la possibilité d’échapper aux registres des appels d’offres qui suivent l’activité des marchés publics.  En d’autres termes, échapper à la vigilance des enquêteurs qui peuvent consulter ces bases de données.

Et donc, les missions de McKinsey effectuées pro bono sont des outils invisibles contrôlant les finances publiques. On ne sait pas exactement ce que les consultants ont fait pour la campagne du Président sortant. En clair, aucune trace nulle part.

Des parasites au sommet de l’État

Entendez-moi bien, je ne vois pas forcément d’un mauvais œil le recours aux cabinets de conseil, mais uniquement dans le cas où ils sont choisis pour leur expertise à haute valeur ajoutée.

Pourtant dans le cas de McKinsey, au vu des liens entre ses membres et Emmanuel Macron, il est possible de se demander si le cabinet de conseil américain n’aurait pas été choisi pour d’autres raisons…

Et c’est gênant, surtout qu’il est ici question de santé publique.

Pire encore, la SEC (Securities and Exchange Commission), le gendarme financier américain, a mis en lumière dans une ordonnance du 19 novembre 202115 que la filiale de McKinsey, MIO Partners Inc., a investi des centaines de millions de dollars dans des entreprises que McKinsey conseillait.

Or, McKinsey a déjà conseillé des entreprises telles que… Pfizer16. Coïncidence ?

Portez-vous bien,

Thibaut Masco

Sources : 
1 Crise des opioïdes ; Wikipedia
2 Maura Healey announces $573 settlement with McKinsey over opioid crisis ; Massachusetts Attorney General ; YouTube
3 Gilles Pialoux, La crise des opioïdes ; vih.org, le 23 janvier 2020
4 Crise des opioïdes ; Wikipedia
5 Étienne Campion ; Qu’est-ce que la crise des opioïdes, qui tue 130 Américains chaque jour ? ; Le Figaro Vox, le 8 janvier 2019
6 Walt Bogdanich et Michael Forsythe ; McKinsey Proposed Paying Pharmacy Companies Rebates for OxyContin Overdoses ; The New York Times, le 5 novembre 2021
7 Benjamin Polle ; McKinsey et les opioïdes : le syndrome Lance Armstrong ; Consultor.fr, le 16 février 2021
8 Rapport de Mme Éliane ASSASSI, fait au nom de la CE Cabinets de conseil n° 578 tome I (2021-2022) – 16 mars 2022
9 Rapport de Mme Éliane ASSASSI, fait au nom de la CE Cabinets de conseil n° 578 tome I (2021-2022) – 16 mars 2022
10 Roland Berger ; Covid : le consulting tous azimuts du ministère de la Santé épinglé à l’Assemblée ; Consultor.fr, le 10 février 2021
11  Roland Berger ; Covid : le consulting tous azimuts du ministère de la Santé épinglé à l’Assemblée ; Consultor.fr, le 10 février 2021
12 Cour des comptes, le 23 avril 2018, Le recours aux marchés publics de consultants par les établissements publics de santé ; Réf. : G/64/18-0152E
13  Rapport de Mme Éliane ASSASSI, fait au nom de la CE Cabinets de conseil n° 578 tome I (2021-2022) – 16 mars 2022
14 Benjamin Polle et Pierre Sautreuil ; Enquête – Les consulting boys de la Macronie ; Consultor.fr, le 8 octobre 2019
15 McKinsey Affiliate to Pay $18 Million for Compliance Failures in Handling of Nonpublic Information ; U.S. Securities and Exchange Commission, le 19 novembre 2021
16 Cassandre Jeannin ; Qu’est-ce que la polémique McKinsey, qui entache la campagne de Macron ? ; rtl.fr, le 30 mars 2022