Création monétaire: sujet primordial qui devrait être au centre de toutes les attentions
À peu près tout le monde se lève le matin et s’en va travailler pour « gagner sa vie » (c’est-à-dire obtenir de la monnaie) sans pourtant savoir comment lesdites espèces entrent en circulation. Souvent, on ne se pose même pas la question; le sujet est trop complexe, nous dit-on, mieux vaut le laisser aux experts.
Après tout, s’il y avait quelque chose de fondamental à comprendre, certainement qu’on nous l’enseignerait à l’école, ou qu’on nous l’annoncerait à la télévision, n’est-ce pas?
Essentiel News a déjà traité du sujet sous différents angles: on a expliqué combien le dollar représentait la colonne vertébrale de l’inique pouvoir impérial américain, et on a cité le Général de Gaulle qui le nommait un « privilège exorbitant ». On a aussi eu l’occasion d’exprimer combien le « siècle du démocide » (le 20ème siècle a vu plus de 260 millions de personnes tuées par leur propre État, sans compter les morts sur le champ de bataille) et le « siècle de la banque centrale » étaient indissociables.
Finalement, dans un article d’octobre 2024 on expliquait combien « l’austérité » imposée aux populations était fantoche, étant donnée la façon dont la monnaie entre en circulation. À ce sujet on écrivait: « Il est indispensable de saisir ce principe, par lequel les populations du monde se trouvent en état de servitude. […] C’est la nature même de la dette qui la rend odieuse, puisqu’elle est conçue pour l’asservissement des peuples, et qu’il est rendu impossible de s’en libérer. »
Vu la nature fondamentale du sujet, et dont il est impossible de surestimer l’importance, on a décidé de revenir dessus. D’abord en proposant la brillante présentation « L’esclavage moderne » réalisée par M. Serge Auffan, lecteur français d’Essentiel News qui nous a proposé ce sujet, formateur pour adultes pendant près de 30 ans, qui donne depuis 13 ans des conférences sur ce thème; et ensuite en diffusant à nouveau l’excellent documentaire de 2006 de Paul Grignon « Money As Debt » (l’argent dette) traduit en français.
Diagnostic rigoureux
Tant le documentaire L’argent dette que la présentation L’esclavage moderne ci-dessous proposent une analyse et un diagnostic du problème tout à fait rigoureux. Ils sont hautement recommandés.
En effet, la monnaie scripturale représente un incommensurable poison qui s’insinue dans tous les aspects de la société, qui explique en grande partie la misère, la guerre, les inégalités, la surconsommation et le gaspillage modernes. La façon dont M. Auffan lie la croissance exponentielle du crédit aux différents maux qui affligent notre société moderne est tout à fait rigoureuse; il a raison de dire que c’est relativement futile de débattre d’autres sujets subalternes, ou de se concentrer sur les « os à ronger » jetés au public par les médias, si on ne comprend pas le mécanisme de création monétaire et la servitude que cela produit.
Un autre point essentiel abordé est celui de la croissance exponentielle, qui n’est jamais soutenable, mais qui est néanmoins indissociable du système. En octobre 2024 on écrivait aussi:
Pour réitérer ce principe: chaque euro en circulation a été émis sous forme de dette. Mais qui dit dette dit taux d’intérêt, cela signifie donc aussi que chaque euro a un taux d’intérêt qui lui est attribué.
Une question se pose dès lors: si la totalité de l’argent en circulation a un taux d’intérêt qui lui est attribué, d’où vient la monnaie pour payer ces intérêts? La réponse est simple: de la nouvelle monnaie. C’est la raison pour laquelle la quantité totale de monnaie (et donc de dette) doit nécessairement croître chaque année, car sinon l’économie rentre dans une spirale déflationniste. Cela est dû à la nature même du système monétaire. C’est la raison pour laquelle les économistes parlent d’une croissance monétaire (ou inflation monétaire) indispensable ciblée autour de 3%.
Solutions à débattre
Bien que l’analyse et le diagnostic du problème soient incontestables, et ne peuvent pas véritablement faire l’objet d’un débat entre personnes de bonne foi, la solution proposée par « L’argent dette » comme « L’esclavage moderne », qui est de même nature, est susceptible d’être discutée.
Certes, les deux réalisateurs ont raison de penser qu’il aurait mieux valu que le pouvoir de création monétaire n’ait jamais été confié au cartel bancaire; toutefois, de rendre ce pouvoir incommensurable à l’État lui-même n’est pas nécessairement idéal, dès lors qu’on comprend qu’au sommet du pouvoir le secteur public, le secteur privé et le secteur du crime organisé convergent.
Certes, ce serait largement préférable que l’État emprunte « à lui-même » sans intérêt plutôt que la situation usurière qui prévaut aujourd’hui. Toutefois, une autre solution au problème, sans doute supérieure, serait simplement d’abolir toute espèce de loi sur le cours légal, et toute forme de coercition, directe ou indirecte, imposant un quelconque monopole monétaire. Dans cette vision, chacun est libre de produire des petits coupons, du papier de Monopoly, du papier toilette, du crédit électronique, etc. et de l’appeler « monnaie »; le problème vient du fait qu’un pouvoir, sous menace de violence, nous oblige à l’utiliser.
La motivation principale pour envisager une telle solution comme préférable aux autres serait d’abord morale; il s’agit de rejeter les arguments comme « c’est illusoire », « l’anarchie ne fonctionne pas », ou « on a besoin d’un État pour construire des routes » sans lui opposer un argument utilitariste, mais de principe. L’initiation de la violence est immorale, et imposer par la force ce que les autres doivent accepter en échange de leur labeur est contraire à la loi naturelle.
Le fait qu’il manque aux deux présentations une description plus complète de l’éventail des solutions possibles n’enlève rien à la qualité de leur analyse. D’ailleurs, il leur manque autre chose: ils ne se demandent pas par quel nouveau système les planificateurs prévoient probablement de remplacer le système actuel, dont l’effondrement est inévitable, est prévu, et aura lieu de façon contrôlée.
Sur ce sujet, qui mêle hyperinflation, grande dépossession, remonétisation de l’or, monnaies numériques de banque centrale, et revenu minimum de base, on aura l’occasion de revenir; tout comme on reviendra sur les solutions qui existent pour se prémunir contre ce projet, récemment désigné par le World Economic Forum sous la formule « vous ne posséderez rien et vous serez heureux ».
La présentation de M. Auffan se termine par des recommandations sur les moyens d’agir auxquelles on ne peut qu’adhérer: il s’agit de refuser de participer, c’est-à-dire retirer son consentement. Cette sécession individuelle du système esclavagiste, Essentiel News continuera d’avoir à cœur de la faciliter.
Esclavage moderne, de Serge Auffan
L’argent dette, de Paul Grignon
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