Vaccin à ARNm contre la grippe: la FDA donne du fil à retordre à Moderna
Article modifié et mis à jour le 22/02/2026
Depuis l’arrivée de Robert Kennedy Jr à la tête du ministère américain de la Santé (HHS), les vaccins à ARN messager n’ont plus le vent en poupe aux États-Unis. Moderna est en train d’en faire les frais avec son nouveau vaccin antigrippal à base d’ARNm. Début février, la Food and Drug Administration a d’abord refusé, contre toute attente, d’examiner sa demande d’approbation. Puis, a fini par accepter.
L’ARNm-1010 sera-t-il le premier vaccin antigrippal à ARNm à être autorisé aux États-Unis? Sous l’ancienne administration, l’affaire aurait sans doute été gagnée d’avance. Mais pas de chance pour Moderna, le temps de réaliser l’étude de phase 3 de son produit, le secrétaire américain à la Santé a changé et les responsables de la Food and Drug Administration (FDA) aussi. Pas de chance encore: les nouveaux venus sont plus qu’hostiles à la technologie ARNm.
Stéphane Bancel, le patron de Moderna, n’est pas idiot et savait très bien que le vent avait tourné. Déjà en mai 2025, la firme avait dû retirer sa demande d’approbation pour son vaccin combiné grippe-Covid, après que l’agence américaine du médicament ait exigé des essais cliniques supplémentaires. Malgré tout, Moderna espérait que les essais de phase 3 en cours pour son vaccin ARNm-1010 allaient apporter ce complément d’informations, puisque c’est ce même produit qui se trouve dans le vaccin combiné. Les bons résultats obtenus en phase 3 devaient donc logiquement permettre d’obtenir une approbation pour chacun des deux vaccins. Sauf que le nouveau directeur du centre d’évaluation et de recherche sur les produits biologiques (CBER) de la FDA, Vinay Prasad, est venu encore une fois semer la zizanie dans ce plan bien huilé.
Une absence d’essai clinique « adéquat et bien contrôlé », selon la FDA
Le 3 février dernier, la société pharmaceutique a en effet été sèchement signifiée par courrier que sa demande d’approbation pour le vaccin ARNm-1010, déposée le 5 décembre 2025, ne serait même pas examinée. Motif invoqué: l’essai clinique présenté dans le dossier n’est pas «adéquat et bien contrôlé». Selon Vinay Prasad, «le groupe de contrôle ne reflète pas la meilleure norme de soins disponible aux États-Unis au moment de l’étude», ce qui rend la demande «irrecevable pour examen».
Moderna ne s’attendait visiblement pas à une telle douche froide. Dans un communiqué publié le 10 février, la firme a estimé que «le refus d’examiner le dossier entr[ait] en contradiction avec les commentaires formulés [par le CBER] lors des consultations préalables à la phase 3», alors que Vinay Prasad affirmait, lui, que sa décision était «conforme aux recommandations émises par la FDA avant le lancement de l’étude».
En avril 2024, Moderna avait soumis pour examen le protocole de son étude de phase 3 au CBER, alors dirigé par un promoteur notoire des vaccins à ARNm, Peter Marks. Dans ce protocole, il était prévu de comparer le groupe testé avec le vaccin ARNm-1010 avec un groupe ayant reçu un vaccin antigrippal à dose standard homologué. Le CBER avait toutefois émis une certaine réserve concernant les participants à l’étude âgés de 65 ans et plus et recommandé à Moderna d’utiliser préférentiellement un vaccin adapté aux personnes âgées (c’est-à-dire plus dosé), tout en estimant que l’utilisation d’un vaccin à dose standard était également «acceptable» pour cette population, à condition «d’inclure des mentions dans le formulaire de consentement éclairé».
On note au passage que, comme d’habitude dans les essais sur les vaccins, le groupe de contrôle n’était pas soumis à un placebo, mais au produit actuellement utilisé contre la maladie…
«Un risque accru de maladie grave» pour les participants à l’étude de 65 ans et plus
Selon Moderna, «suite à la réussite de l’essai d’efficacité de phase 3 au cours duquel le vaccin ARNm-1010 a atteint tous les critères d’évaluation principaux prédéfinis», la firme avait tenu une réunion préalable au dépôt de dossier avec le CBER en août 2025. Dans ses commentaires, le centre d’évaluation aurait alors demandé «l’inclusion d’analyses complémentaires sur le comparateur dans le dossier» et aurait indiqué que ces données constitueraient un «point important lors de l’examen de la demande d’autorisation de mise sur le marché». Moderna dit s’être exécuté, en fournissant les données d’un second essai de phase 3 «comparant le vaccin ARNm-1010 à un vaccin antigrippal à haute dose autorisé». «À aucun moment, ni dans ses commentaires écrits préalables au dépôt, ni lors de la réunion, le CBER n’a indiqué qu’il refuserait d’examiner le dossier», souligne Moderna.
Pour Stéphane Bancel, «cette décision du CBER, qui n’a relevé aucun problème de sécurité ou d’efficacité concernant notre produit, ne contribue pas à notre objectif commun de renforcer le leadership américain dans le développement de médicaments innovants».
Certes, les arguments du CBER ne portent pas sur la sécurité et l’efficacité du vaccin ARNm-1010, mais sur la conformité de l’étude, qui aurait, selon le porte-parole du HHS, Andrew Nixon, «exposé les participants âgés de 65 ans et plus à un risque accru de maladie grave, en leur donnant un traitement inférieur aux normes de soins».
Mais qu’en est-il exactement des résultats des deux essais de phase 3?
Des données inquiétantes en termes d’innocuité pour une efficacité minime
La première étude, évaluée par des pairs, a été publiée en mars 2025. Selon Karl Jablonowski, chercheur principal à l’association Children’s Health Defense et cité dans un article de The Defender, les données publiées montrent des résultats «inquiétants», et notamment «un taux significativement plus élevé d’effets indésirables graves» dans le groupe ayant reçu l’ARNm-1010 par rapport au groupe ayant reçu le vaccin antigrippal classique. Le risque de subir un effet indésirable grave serait augmenté de 329% avec ARNm-1010 et celui de subir tout autre événement indésirable serait augmenté de 278%.
Citée dans le même article, la pharmacologue Maria Gutschi parle également de signaux de sécurité «potentiellement préoccupants», avec un taux plus élevé de mortalité toutes causes confondues, de cancers et de maladies vasculaires, dans le groupe ayant reçu le vaccin à ARNm. Maria Gutschi souligne qu’un participant à l’essai est décédé d’une «possible interaction médicamenteuse avec les nanoparticules lipidiques» contenues dans ce vaccin, ce qui mériterait, selon elle, une enquête plus approfondie.
L’immunologiste et biochimiste Jessica Rose a, pour sa part, déclaré que «comparer les thérapies géniques encapsulées dans des nanoparticules lipidiques à ARNm et les vaccins antigrippaux à dose standard qui reposent sur des protéines dérivées de virus inactivés revient à comparer des pommes et des poires».
Quant à l’efficacité du vaccin, Moderna rapportait en juillet 2025 un taux d’efficacité relative de 26,6%. L’ancienne responsable de recherche et développement pharmaceutique Sasha Latypova a souligné dans un article publié sur son compte Substack que ce chiffre était ridicule. Elle rappelle que l’efficacité relative annoncée pour les vaccins anti-Covid était de 95%, «ce qui signifie environ 1% d’efficacité absolue» [1]. «Même les directives les plus boiteuses de l’OMS estiment que la plage d’efficacité acceptable pour un vaccin se situe entre 30% et 50%», ajoute-t-elle avec sarcasme.
Le début de la fin pour la plateforme vaccinale ARNm?
Quoi qu’il en soit, Moderna n’en est pas resté là et a sollicité une réunion avec le CBER, afin de mieux comprendre la voie à suivre. Lors de cette concertation, la société explique avoir proposé une approche réglementaire révisée pour son candidat vaccin, comprenant une procédure d’autorisation de mise sur le marché complète pour les adultes de 50 à 64 ans et une procédure d’autorisation accélérée pour les adultes de 65 ans et plus, accompagnée d’une obligation de mener une étude supplémentaire post-commercialisation chez les personnes âgées. La FDA a finalement accepté d’examiner le dossier et rendra sa décision au plus tard le 5 août 2026.
Le vaccin sera-t-il pour autant approuvé aux États-Unis? Les chances sont plus que minces et Moderna joue gros. En 2024, le fonds d’investissement Blackstone Life Sciences avait injecté jusqu’à 750 millions de dollars dans le programme de développement du vaccin antigrippal. La semaine dernière, suite au refus du CBER d’examiner le dossier, les actions de la société ont chuté de 8% en bourse. Même si d’autres pays approuvent ce vaccin (l’Union européenne, le Canada et l’Australie sont d’ores et déjà en train de l’évaluer), le marché américain reste incontournable. «Vous ne pouvez pas faire un retour sur investissement si vous n’avez pas accès au marché américain», a déclaré Stéphane Bancel à Bloomberg TV en janvier dernier.
Or, les nouvelles exigences de Kennedy et de ses équipes concernant la qualité des vaccins mis sur le marché, dont l’efficacité et la sécurité doivent désormais être démontrées à partir d’études solides, complètes et rigoureuses, sont une gigantesque épine dans le pied des fabricants. Toujours dans son interview à Bloomberg TV, Stéphane Bancel a précisé que Moderna ne prévoyait plus d’investir dans de nouveaux essais de vaccins en phase avancée, «en raison de l’opposition croissante aux vaccinations des responsables américains».
Une opposition d’autant plus marquée concernant les vaccins à ARNm. Rappelons qu’en août 2025, le HHS avait annulé près de 500 millions de dollars de financements prévus pour le développement d’une vingtaine de vaccins de ce type. Si Kennedy tient son cap et si la FDA envoie à son tour un signal fort aux industriels en refusant d’approuver l’ARNM-1010, toute la plateforme à ARNm pourrait finir par sombrer.
[1] Pour bien comprendre la différence entre efficacité relative et efficacité absolue, nous renvoyons nos lecteurs à l’article pédagogique publié sur RéinfoCovid à ce sujet.
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