Traité OMS: «éviter une dictature mondiale»

Bilan de 3 ans de crise avec des scientifiques, journalistes, juristes et politiques de tous bords les 11-12 février au Luxembourg. Enjeux: les préparatifs d'une surveillance mondiale des politiques sanitaires.

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La volonté de faire de l’OMS un organe de pouvoir quasi absolu lors d’urgences sanitaires est mise en œuvre sur deux voies parallèles: la modification du Règlement sanitaire international (RSI, un instrument en vigueur depuis 2005) et la négociation d’un traité international sur les pandémies.

L’opposition de nombreux pays non occidentaux

La ‘voie rapide‘ consistant à modifier le Règlement existant en urgence lors de la 75ème assemblée de l’OMS en mai 2022, avait tourné à l’échec. Malgré le contexte favorable aux décisions urgentes suscité par la déclaration d’une alerte sanitaire concernant la variole du singe (alerte de type PHEIC… ‘fake’ disent les sceptiques) par le directeur de l’OMS, l’opposition aux plans mondialistes était venue d’un nombre de pays africains, ainsi que du Brésil, de la Russie et de l’Iran, pays qui semblent avoir pris la mesure politique des implications de ‘l’agenda global de la santé’. Au lendemain des négociations, un article de la presse congolaise relevait sans ambiguïté le caractère ‘politique’ du règlement proposé :

“Les délégués africains dans l’ensemble se sont opposés à la réforme du RSI, proposée par les Etats-Unis. Ils considèrent que le texte américain constituerait une atteinte à la souveraineté des Etats membres. Car le RSI donne de larges pouvoirs à l’OMS pour décider de la politique sanitaire des pays signataires. Il est aussi juridiquement contraignant pour ces derniers. Le Botswanais Moses Keetile, porte-parole du bloc africain, a indiqué que «l’Afrique partage le point de vue selon lequel ce processus ne devrait pas être accéléré». Une pétition a été lancée contre le RSI. En effet, sa réforme donne des pouvoirs étendus à l’OMS. Elle autorise le déploiement d’équipes d’experts sur les sites de contamination et la création d’un nouveau comité de conformité pour surveiller l’application des règles. Parmi les modifications proposées par le texte américain, on trouve «le droit de l’OMS de déployer des spécialistes dans le pays membre concerné (où un risque de pandémie existe, Ndlr) et de recommander un protocole sanitaire à adopter».

“Selon le RSI, le refus d’obtempérer des Etats membres provoquerait des sanctions variant de la suspension du droit de vote à l’Assemblée mondiale de la santé jusqu’à la suspension du même droit à l’Assemblée générale des Nations unies. Plusieurs pays ont qualifié cette réforme du RSI de «liberticide». Les pays africains ont soulevé une objection, plaidant pour l’adoption de l’ensemble des réformes visant à améliorer le fonctionnement de l’OMS dans le cadre d’un «paquet holistique» à un stade ultérieur. Outre les pays africains, l’Iran, la Malaisie, la Russie et le Brésil ont également exprimé des réserves sur la réforme du RSI.”

Le traité ‘pandémies’

Suite à cette défaite, les efforts globalistes se sont reportés sur la rédaction d’un traité de réponse aux urgences sanitaires ou ‘traité pandémies’. Il devrait lui aussi conférer des pouvoirs de contrôle étendus à l’OMS, imposables aux 194 états participants en cas de déclaration d’urgence sanitaire. L’International Negotiating Body (INB), le comité en charge du document préparatoire nommé ‘conceptual zero draft’, a été sommé de mettre les bouchées doubles et a présenté ses travaux à l’Assemblée extraordinaire qui s’est tenue à l’OMS du 5 au 7 décembre. A l’issue de la réunion, les Etats membres ont bien confirmé leur volonté de démarrer les négociations autour d’un premier texte lors d’un meeting agendé au 27 février 2023.

Un obstacle: les Etats s’accrochent à leur souveraineté

Il paraît évident que suite à l’opposition rencontrée en mai avec le RSI, le traité devra composer avec une volonté de maintenir une certaine souveraineté dans le chef des états signataires. A l’issue de la réunion, Mme Matsoso, coprésidente du Bureau de l’INB, a annoncé la couleur:

Les représentants des gouvernements ont souligné que tout accord futur sur la pandémie devrait tenir compte de l’équité, renforcer la préparation, assurer la solidarité, promouvoir une approche de l’ensemble de la société et de l’ensemble du gouvernement, et respecter la souveraineté des pays.

Vers un accord à deux vitesses?

Dans le contexte actuel de la politique internationale, il n’est pas difficile d’imaginer ‘un accord à deux vitesses’, où certains pays s’engagent à adopter un cadre plus contraignant que d’autres, comme cela s’est vu avec les traités COP sur l’agenda climatique.

Mais si le discours peut sembler rassurant, c’est l’approche de l’ensemble de la société qui se démarque des anciens traités et qui pose question.

En effet, il est fort à craindre que ceci ne signe pas un retour à la souveraineté des nations, mais un détournement de pouvoir moins visible, via l’entrée du secteur privé dans les négociations et la portée du traité, à travers les ‘partenariats public-privés’ des ONG et des fonds d’investissements.

Dans le coup: Gates, Soros, Rockefeller et un fonds lié à la famille Biden

La liste des parties intéressées invitées aux consultations de l’INB reprend les 220 ‘acteurs non-étatiques’, sociétés médicales, ‘philanthropiques’ et fonds d’investissement ayant déjà des relations officielles avec l’OMS. On notera évidemment la présence de la Fondation Bill et Melinda Gates, de l’Alliance GAVI pour la vaccination, ou de la fondation Rockefeller. Mais elle inclut aussi une série d’ ‘observateurs’ comme le Vatican et l’ordre de Malte, ainsi qu’une série d’acteurs privés comme les fondations de Soros ‘Open Society’ et ‘Open Philanthropy’ et même, cerise sur le gâteau, Metabiota. Il s’agit bien du fonds qui est financé par la famille Biden et qui finance des programmes de recherche de gain de fonction des virus avec Eco Health Alliance dans les labos P4 de Wuhan. (Voir Nexus 141 “De Wuhan à l’Ukraine, Bioterrorisme et propagande”).

Une co-gouvernance de la santé qui échappe aux élus

En résumé, on y reconnait de nombreux acteurs du Forum économique mondial. Toute cette ‘co-gouvernance’ de la santé, qui échappe de plus en plus aux représentants élus des populations, vise à étendre son pouvoir sur tous les autres types d’activités humaines, en tentant de se justifier par l’utilisation du concept de ‘santé globale’.

La santé globale concerne “des mesures visant à identifier et à intégrer dans les plans pertinents de prévention et de préparation aux pandémies les facteurs d’émergence des maladies à l’interface homme-animal-environnement, y compris, mais sans s’y limiter, le changement climatique, le changement d’affectation des terres, le commerce des espèces sauvages, la désertification et la résistance antimicrobienne.

Renforcer la surveillance des zoonoses et des épidémies locales

Il s’agit par exemple de renforcer les systèmes de surveillance multisectoriels, coordonnés, interopérables et intégrés de l’initiative de ‘santé globale’ (One Health) afin de réduire au minimum les débordements et les mutations et d’empêcher que des épidémies, à petite échelle dans la faune sauvage ou le bétail domestique, ne se transforment en pandémie, par des moyens comprenant entre autres:

  • l’engagement des communautés dans la surveillance qui identifie les foyers de zoonoses et la résistance aux antimicrobiens.
  • L’amélioration de la surveillance et la notification de la résistance aux anti-microbiens chez l’homme, le bétail et l’aquaculture des agents pathogènes qui ont un potentiel pandémique, en s’appuyant sur les systèmes mondiaux de notification existants.

Une idée géniale… qui peut déboucher sur un contrôle planétaire

A priori, on pourrait s’extasier devant l’idée géniale d’intégrer tous les paramètres possibles dans une approche collaborative de la santé du vivant. Mais il est évident que la santé globale est avant tout un concept fumeux qui a pour objectif principal la surveillance et le contrôle de toutes les activités de la planète.

Cette vision de l’œil suprême qui prétend tout surveiller et gérer les moindres détails est assez explicite sur la plateforme stratégique du Forum économique mondial. La santé globale y est reliée à 6 domaines principaux: préparation aux pandémies; gouvernance globale; santé environnementale et changement climatique; développement durable et couverture universelle; collecte et communication des données; changements démographiques et de modes de vie.

Tout ceci est supposé être dirigé par une nouvelle gouvernance “Agile” par les données. Cette gouvernance “ne se limite pas à la coordination d’institutions publiques et privées efficaces, efficientes et fiables pour gérer efficacement les problèmes – le terme implique une approche prospective qui cherche à anticiper les problèmes avant qu’ils ne se matérialisent.”

Risque de dérives sous prétexte de servir la «santé globale»

A partir de là, on peut donc imaginer n’importe quelle dérive dans n’importe quel domaine sous prétexte de servir ‘la santé globale’: la surveillance caméra des humains et animaux domestiques à l’école, au travail, au foyer, les abattages massifs de bétail, la destruction de stocks de nourriture, la vaccination des poissons et des plantes, l’expropriation de terres, bâtiments et ressources naturelles, le déplacement forcé de populations ou le contrôle des politiques d’immigration, la gestion des ressources, le contrôle des activités économiques, les smart cities ou villes connectées, qui sait jusqu’à la surveillance du contenu du frigo, des poubelles et du corps de chaque individu? Sans oublier l’initiative de bloquer le soleil! Tout peut tomber dans la sphère d’application de ce concept fourre-tout.

Financements et infrastructures

Tout ceci demande évidemment des moyens et une structure opérationnelle. Du côté du financement, le 15 novembre dernier le sommet du G20 a annoncé la création d’un fonds global de lutte contre les pandémies à la Banque mondiale avec un montant initial d’1,4 milliard de dollars et un objectif annuel de 10 milliards de dollars pour financer un pôle global d’infrastructures sanitaires.

Du côté opérationnel, l’OMS œuvre à son propre déploiement à travers ses directions régionales, tandis que la «bande de Davos» s’emploie à recruter et former son cadre exécutif à travers le programme des Young Global Leaders.

Bill Gates lance GERM, la «milice du microbe»

Quant à Bill Gates, il poursuit encore son grand œuvre de fusion entre les ‘secteurs publics et privés’ à travers sa volonté de développer cette ‘milice du microbe’, qu’il a appelée GERM. D’après les dires de ce Mr. Santé, les équipes de ‘Global Epidemic Response and Mobilization teams’ qu’il compte déployer à travers la planète seront ‘les pompiers qui lutteront en première ligne contre les flambées épidémiques.

Plus précisément:

L’équipe GERM serait composée de personnes du monde entier possédant un large éventail de compétences : épidémiologie, génétique, systèmes de données, diplomatie, réaction rapide, logistique, modélisation informatique, communications, etc. Lorsqu’ils ne travailleraient pas activement sur le terrain, la plupart d’entre eux auraient pour point d’attache les agences de santé publique de leur pays, mais certains seraient affectés aux bureaux régionaux de l’OMS et à son siège à Genève.

Alerte, suivi, diagnostics, traitements…

Ainsi, lorsqu’un pays constatera qu’un virus quelconque se propage, l’équipe GERM pourra consulter ses différents agents et lancer une alerte au niveau international pour voir si la maladie se répand ailleurs. Ceci sera facilité par un réseau de ‘casernes’ et de sentinelles disposées partout dans le monde. En cas d’épidémie, GERM mobilisera alors rapidement des “solutions” par le biais d’un “écosystème de réponse sophistiqué” pour “concevoir et mettre sur le marché des tests de diagnostic et des traitements viables”.

Le fonctionnement de GERM coûtera au monde environ un milliard de dollars par an pour couvrir les salaires de 3000 personnes, plus les équipements, les voyages et autres dépenses – de l’argent qui proviendrait des gouvernements. Le travail serait coordonné par l’OMS, le seul groupe qui puisse lui donner une crédibilité mondiale, et il doit être responsable devant le public.

Partout des unités de production de vaccins géniques

Un partenariat avec le programme R3 de Wellcome Leap permettrait même d’installer partout de mini unités de production de vaccins génétiques (vaccins mARN) afin d’être en mesure d’apporter une réponse rapide en cas de pandémie.

L’objectif affiché de Gates étant de parvenir à vacciner l’entièreté de la planète en 6 mois et d’éradiquer les anciennes maladies comme la polio.

Un déploiement de tant de génie et de motivation n’évoque-t-il pas le profil du pompier pyromane? Quoi qu’il en soit, on flaire la bonne affaire qu’il y a à gérer toute la filière de la détection du virus à la production du vaccin, en se servant de l’OMS et de son traité pandémie comme moyen suprême d’imposer sa politique et ses produits aux états dits souverains.

Fatigue sécuritaire et changement de narratif

En attendant, de nombreuses personnes se sont éveillées à la réalité de l’agenda de la globalisation et bien d’autres éprouvent aujourd’hui une lassitude évidente face au concept de la menace pandémique et de l’urgence sanitaire. Que ce soit dans les médias ou dans les communications officielles, ‘la porno de la peur’ du virus, le discours de l’intolérance envers les non-vaccinés et la persécution du pass sanitaire ont soudainement disparu. Sur la page d’accueil de l’OMS tout cela semble ‘presque oublié’. Mais en revanche, ces armes de manipulation et de contrôle des individus sont utilisées dans le cadre de la guerre en Ukraine, de l’agenda climatique et de l’effondrement économique en cours.

Tout cela n’empêche que ‘l’agenda de la santé globale’ a la vie dure, bien qu’il faille changer le discours pour garder le cap.

C’est bien ce que le Conseil pour la santé globale a précisé dans un document visant à réévaluer l’utilisation du langage à adopter pour stimuler les investissements dans la santé globale. Il relève très justement que :

Le concept de sécurité sanitaire en perte de vitesse

L’utilisation excessive du concept (de sécurité sanitaire) a entraîné une perte de sa puissance. Au cours des dernières années, de plus en plus de sujets liés à la santé ont été inclus dans le cadre de la sécurité sanitaire, ce qui a entraîné une “lassitude à l’égard de la sécurité sanitaire mondiale”, diluant le concept et réduisant son importance politique. Quand tout est une question de sécurité nationale, plus rien ne l’est.

Et dans un mea culpa préparant une transition stratégique:

“Certains chercheurs et praticiens de la santé ont souligné que le Covid-19 a montré que des paramètres, comme l’indice de sécurité sanitaire mondiale (SGS), traditionnellement utilisés pour mesurer les capacités de sécurité sanitaire au niveau national, sont insuffisants. Par exemple, alors que les États-Unis et le Royaume-Uni auraient dû être les pays les mieux préparés à répondre à une épidémie selon l’indice SGH, ils ont obtenu des résultats parmi les plus mauvais en réponse au Covid-19.”

Un nouveau narratif de la santé globale

Le nouveau ‘narratif’ de la santé globale doit donc mettre l’accent sur la notion de solidarité et la transversalité plutôt que sur la sécurité sanitaire afin de poursuivre ses objectifs. Ainsi les nouvelles opportunités se dessineront autour de la synergie des facteurs de la santé globale:

Si les efforts en matière de sécurité sanitaire se concentrent souvent sur les interventions de préparation et d’atténuation, le concept de devenir plus proactif pour stopper les épidémies avant qu’elles ne se produisent continue de gagner du terrain.

Cela signifie qu’il faut aller plus en amont pour s’attaquer à des facteurs tels que la déforestation, l’urbanisation et le commerce des espèces sauvages, qui sont quelques-uns des facteurs sous-jacents à l’origine de la plupart des épidémies de maladies infectieuses, mais aussi d’autres menaces catastrophiques comme le changement climatique et la perte de biodiversité.

Comment mieux intégrer des efforts simultanés afin de créer une synergie de leurs effets pour améliorer la sécurité humaine ? Au cours de l’année écoulée, les décideurs politiques ont commencé à établir un lien entre différents objectifs stratégiques, l’état de santé sous-jacent des populations et l'(in)sécurité qui y est liée – l’intersection de ces éléments avec la Covid-19 et d’autres questions d’équité étant qualifiée de “syndémie”.

Nouveau mot magique: la syndémie

Euréka, le nouveau mot magique pourrait avoir fait son apparition: la syndémie pourrait bien devenir le nouveau concept permettant de tout diriger au nom de la santé globale. Elle est définie comme “un ensemble de problèmes de santé liés à deux ou plusieurs affections, qui interagissent de manière synergique et contribuent à une charge de morbidité excessive dans une population”. Une tendance à suivre…

Pour l’instant, si rien ne semble entamer la volonté mondialiste, on peut se demander si derrière ‘le changement de cap et de narratif’, on ne cherche pas aujourd’hui à masquer une défaite. La violence du discours et l’absurdité évidente des mesures durant la ‘crise sanitaire’ ont porté une lourde atteinte à la confiance des populations. On aura beau renouveler les slogans de l’agenda global, les professions de foi humanitaires onusiennes, et faire des mea culpa… le mal est fait et la confiance dans le grand reset de la nouvelle gouvernance s’amenuise chaque jour.

Senta Depuydt