Au théâtre à Strasbourg: Merkel, Zelensky et Walesa reçoivent « l’Ordre du mérite européen »
Cette cérémonie est à nouveau une illustration flagrante des rituels d'humiliation et de manipulation psychologique que nous avons évoqués à plusieurs reprises dans nos colonnes (voir les capsules d'Icaros et la table ronde sur les guerres psychologiques avec Jean-Jacques Crèvecoeur et Marion Saint-Michel). C'est aussi l'occasion de souligner la pratique qui consiste à décerner des titres, médailles, honneurs et anoblissements à des criminels (et très souvent à des pédocriminels). C'est un moyen qui contribue à leur ascension sociale et qui leur confère une 'aura' de moralité pour les rendre en quelque sorte insoupçonnables et intouchables. Les dossiers Epstein en fournissent la démonstration constante: ceci concerne tous les domaines, la chevalerie, la politique, les arts ou la science. Chaque cérémonie devrait donc être l'occasion de se demander quelle est la liste des méfaits commis par ceux que l'on célèbre et le sujet mériterait une enquête au long cours.
Mardi 19 mai à Strasbourg, Angela Merkel a utilisé sa première grande plate-forme européenne depuis qu’elle a quitté ses fonctions pour dire à l’UE exactement ce que l’institution voulait entendre: continuer à réglementer la parole en ligne et ne pas trop s’inquiéter des conséquences.
L’ancienne chancelière fédérale s’est exprimée en exhortant le Parlement européen et ses membres à « poursuivre la réglementation des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle ».
«Croire que la responsabilité de la diffusion de l’information n’est plus nécessaire, et que l’on n’aura pas de compte à rendre pour des mensonges, affaiblit la démocratie», a-t-elle déclaré à la chambre.
Mais qui donc décide de ce qui constitue un mensonge? Dans le modèle de l’UE, la Commission européenne répond à cette question avec des régulateurs nommés par des gouvernements et des « analystes de confiance » auxquels les plateformes sont légalement tenues d’obéir. Rien de cela ne passe par les tribunaux, ni par quelque chose qui ressemble à une procédure régulière.
Le rôle pervers de l’Allemagne
Merkel connaît bien ce système. Son gouvernement en a construit le prototype. C’est sous son mandat, en 2017, que l’Allemagne avait adopté une première loi de censure, la NetzDG, qui obligeait les plateformes à supprimer tout contenu « clairement illégal » dans les 24 heures, sous peine de faire face à des amendes pouvant aller jusqu’à 50 millions d’euros.
Parmi les personnes dont les propos ont été censurés en vertu de cette loi figuraient un magazine satirique, un artiste de rue engagé politiquement et le dirigeant d’un parti d’opposition. La NetzDG est devenue un modèle d’inspiration et a été reprise par les gouvernements russe, turc et de nombreux pays d’Asie du Sud-Est, chacun l’adaptant à sa propre définition de ce qui est « illégal ».
On connait la suite: l’UE et ses États membres ont repris le concept avec la loi sur les services numériques (Digital Services Act), qui impose aux grandes plateformes d’évaluer et de réduire les « risques systémiques », une catégorie suffisamment large pour englober le « discours civique », les « processus électoraux » et la « sécurité publique ».
La Commission y a tout pouvoir: elle rédige les règles, décide si les plateformes s’y conforment et inflige des amendes pouvant atteindre 6% de leur chiffre d’affaires mondial en cas de non-respect. Pas de procureur indépendant comme le fait très justement remarquer la plateforme X, qui conteste actuellement la toute première amende jamais infligée en se basant sur la DSA, une sanction de 120 millions d’euros annoncée en décembre 2025. X s’insurge du fait que la procédure comportait des «erreurs de procédure graves» et des violations systématiques des droits de la défense et des garanties procédurales fondamentales .
Plus de 50 ONG européennes avaient tiré l’alarme sur le fait que la DSA pourrait violer les protections de la liberté d’expression prévues par la Charte de l’UE elle-même. En guise de réponse, la Commission s’est contentée de déclarer que la loi était «neutre sur le plan du contenu».
Angela Merkel fait fi de tout cela. Elle a déclaré aux parlementaires que «des erreurs seront peut-être commises, mais que c’est en commettant des erreurs que l’on apprend». C’est vrai… L’Allemagne en a déjà commis quelques-unes, mais a-t-elle vraiment appris?
Légitimer la censure pour réduire au silence l’opposition politique par le biais de systèmes dépourvus de tout contrôle judiciaire et de toute possibilité de recours semble devenir ‘la nouvelle norme’. La liberté d’expression est la bête noire de la machine autoritaire européenne. On le voit avec le gel des comptes bancaires des voix qui dérangent, comme celles de Jacques Baud, Nathalie Yamb et Frédéric Baldan. Les décisions sont purement politiques, illégitimes sans contrôle judiciaire, sans possibilité d’appel.
Et ce n’est sans doute pas un hasard si Merkel a prononcé ce discours autoritaire lors de la cérémonie d’inauguration de l’Ordre du Mérite européen où, « pour la première fois de son histoire, l’UE a remis son propre titre à des figures de l’intégration européenne et de la démocratie ». Pour parachever la séance d’hypocrisie et d’humiliation des citoyens de l’Union, les honneurs ont été également été décernés à Volodymyr Zelensky et à l’ancien président polonais Lech Walesa. Officiellement, il s’agissait ainsi de célébrer ainsi le 75e anniversaire de la déclaration de Schuman, fondatrice du projet européen. Dans ce cas, soit le projet a bien changé, soit ceci en révèle la face cachée.
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